{"id":55012,"date":"2020-12-07T08:05:50","date_gmt":"2020-12-07T06:05:50","guid":{"rendered":"https:\/\/israelmagazine.net\/?p=55012"},"modified":"2020-12-07T08:05:50","modified_gmt":"2020-12-07T06:05:50","slug":"joe-dassin-dodessa-a-paris-le-parcours-dun-coeur-fragile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/israelmagazine.net\/?p=55012","title":{"rendered":"Joe Dassin, d\u2019Odessa \u00e0 Paris, le Parcours d\u2019un C\u0153ur fragile."},"content":{"rendered":"<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><strong>\u00a0Par ROBERT BEN DENOUN<\/strong><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Il s\u2019appelait Joseph Ira Dassin, mais tout le monde l\u2019appelait Joe Dassin. Son grand-p\u00e8re paternel, Samuel, \u00e9tait un \u00e9migr\u00e9 russe qui avait quitt\u00e9 tr\u00e8s jeune Odessa, persuad\u00e9 que dans cette Am\u00e9rique mythique, recompos\u00e9e par les rumeurs, embellie par des r\u00eaves d\u2019exil,\u00a0<em>\u00ab\u00a0il suffisait de se pencher pour ramasser l\u2019or \u00e0 pleines mains\u00a0\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Odessa est une ville d\u2019Ukraine, sur les bords de la Mer noire,\u00a0\u00a0<em>\u00ab\u00a0Une ville fa\u00e7onn\u00e9e par les Juifs\u00a0<\/em>\u00bb \u00e9crit Isaac Babel dans ses<em>\u00a0Contes d\u2019Odessa\u2026<\/em>une ville chatoyante, parcourue par une s\u00e8ve vive, travers\u00e9e par des courants religieux et politiques divers, et gagn\u00e9e parfois par les faux messianismes. Le juif d\u2019Odessa, l\u2019Odessite, est \u00ab<em>connu pour son go\u00fbt prononc\u00e9 pour les arts, en particulier la musique\u2026Odessa fut aussi \u00a0un vivier d\u2019artistes, d\u2019\u00e9crivains et d\u2019intellectuels juifs comme Bialik, Cholem Ale\u00efkhem, Ahad Ha\u2019am, Shimon Doubnov, Leon Pinsker, Nathan Milstein<\/em>.\u00a0\u00bb[1]<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Le grand-p\u00e8re de Joe Dassin, \u00e0 14 ans rompt les amarres et s\u2019envole vers la terre de tous les possibles, ne parlant pas un mot d\\&rsquo;anglais. Dans le bureau d\u2019immigration on lui demandera son nom, il indiquera qu\u2019il venait d\\&rsquo;Odessa. Cette affirmation maladroite, tapiss\u00e9e d\u2019un accent slave aux contours abrupts fut mal interpr\u00e9t\u00e9e par le fonctionnaire. Le nom enregistr\u00e9 fut celui de Dassin. C\u2019est ainsi que naissent souvent les l\u00e9gendes, sur un malentendu.\u00a0Joseph Dassin est n\u00e9 dans cette Am\u00e9rique de fulgurances et d\u2019id\u00e9alisme, le 5 novembre 1938, \u00e0 New-York. Il est le fils d\u2019une violoniste classique, B\u00e9atrice Launer, dite B\u00e9a, qui travaillait avec quelques grands de la musique classique, notamment Pablo Casals.<\/p>\n<p><a href=\\\"https:\/\/israelmagazine.co.il\/pollard-libre-de-quitter-les-etats-unis-et-de-rejoindre-israel\/\\\">https:\/\/israelmagazine.co.il\/pollard-libre-de-quitter-les-etats-unis-et-de-rejoindre-israel\/<\/a><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00ab\u00a0Elle chantait ma m\u00e8re Elle chantait souvent\u00a0\u00a0 Des chansons d\\&rsquo;hier \u00a0Des chansons d\\&rsquo;avant\u2026<\/em>\u00a0\u00bb[2]<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Son p\u00e8re, Jules Dassin, est passionn\u00e9 par le cin\u00e9ma. Assistant d\u2019Alfred Hitchcock, apr\u00e8s une courte carri\u00e8re d\u2019acteur, il devient r\u00e9alisateur.<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">\u00ab\u00a0<em>Qu\\&rsquo;il est long, qu\\&rsquo;il est loin, ton chemin, papa<br \/>\nC\\&rsquo;est vraiment fatiguant d\\&rsquo;aller o\u00f9 tu vas<br \/>\nQu\\&rsquo;il est long, qu\\&rsquo;il est loin, ton chemin, papa<br \/>\nTu devrais t\\&rsquo;arr\u00eater dans ce coin\u2026\u00a0\u00bb<\/em><em><strong>[3]<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Le second pr\u00e9nom de Joseph, Ira, est choisi par sa m\u00e8re en hommage \u00e0 Ira Gershwin ( fr\u00e8re du compositeur Georges Gershwin), qu\\&rsquo;elle appr\u00e9cie particuli\u00e8rement. Il est facile de l\u2019imaginer fredonnant la chanson \u00ab\u00a0The man I love\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">\u201c<em>And so all else above<\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00a0 I\\&rsquo;m waiting for the man I love.\u201d<strong>[4]<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">B\u00e9a avait 13 ans lorsqu\u2019elle rencontra Jules qui en avait 17. Lui habitait Harlem, et elle, le Bronx, \u00e0 quelques rues de l\u00e0. Ils se sont mari\u00e9s en 1933. Apr\u00e8s Joe sont n\u00e9s Richelle (\u00ab\u00a0Rickie\u00a0\u00bb), sa s\u0153ur, en 1940, puis Julie (\u00ab\u00a0la petite\u00a0\u00bb) au cours de l\u2019ann\u00e9e 1943.<\/p>\n<p><a href=\\\"https:\/\/israelmagazine.co.il\/israel-il-y-a-25-ans-lassassinat-dyitzhak-rabin\/\\\">https:\/\/israelmagazine.co.il\/israel-il-y-a-25-ans-lassassinat-dyitzhak-rabin\/<\/a><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Odessa-New-York, le destin d\u2019un Juif, passant d\u2019un exil \u00e0 un autre est en marche. Joe Dassin dira plus tard\u00a0:\u00a0<em>\\\u00a0\u00bbDans ma famille, nous sommes polyglottes par force, il a fallu changer tellement de pays.\\\u00a0\u00bb.\u00a0<\/em>Jusqu\u2019en 1940, la famille restera \u00e0 New-York. Puis Jules Dassin, les yeux pris dans les phares du cin\u00e9ma am\u00e9ricain s\u2019installe \u00e0 Los Angeles. Le destin scintille toujours plus sur Hollywood Boulevard.\u00a0<em>\u00a0<\/em>Joseph passe son adolescence dans cette atmosph\u00e8re de conqu\u00eate, d\u2019amour, d\u2019insouciance.<em>\u00a0<\/em>Puis tout d\u2019un coup, apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale, leur monde bascule. Le s\u00e9nateur Mac Carthy impitoyable dans sa chasse aux sorci\u00e8res, traque les communistes, les opposants, et suscite les d\u00e9nonciations. Jules Dassin, qui commence \u00e0 \u00eatre connu n\u2019est pas en odeur de saintet\u00e9. Ayant bri\u00e8vement appartenu au Parti communiste am\u00e9ricain (jusqu\\&rsquo;\u00e0 la conclusion du pacte germano-sovi\u00e9tique) il est d\u00e9nonc\u00e9 et soumis \u00e0 la vindicte de la commission des activit\u00e9s anti-am\u00e9ricaines. Inscrit sur une \u00ab\u00a0liste noire[5]\u00a0\u00bb il ne pourra plus travailler aux Etats-Unis. Fin 1949, depuis le bastingage d\u2019un bateau, la famille Dassin voit s\u2019\u00e9loigner les c\u00f4tes de ce pays tant aim\u00e9. Pour Joe c\u2019est aussi un d\u00e9chirement.<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Ils d\u00e9barquent \u00e0 Londres. Jules Dassin tournera \u00ab Les forbans de la nuit \u00bb (avec Richard Widmark et Gene Tierney). Joe a douze ans. La guerre a laiss\u00e9 des traces et il est urgent de panser les plaies. En 1950, Jules et B\u00e9a se sont install\u00e9s \u00e0 Paris. Joe, lui, est en Suisse, en pension au c\u00e9l\u00e8bre coll\u00e8ge du Rosey. Les filles \u00e9taient dans un autre coll\u00e8ge. L\u2019errance continue et Joe change d\u2019\u00e9cole. Il se retrouve en Italie, en 1953, puis \u00e0 Gen\u00e8ve. A Grenoble, et il passera son bac, en 1954. Il a alors 16 ans et parle trois langues. En 1955, nouvelle rupture, nouvelle fracture, ses parents se s\u00e9parent. Joe est bless\u00e9. Il a envie de retrouver de grands espaces, de mettre l\u2019oc\u00e9an entre lui et sa famille. Il retourne en Am\u00e9rique.<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00abMes amis, je dois m\\&rsquo;en aller\u00a0 Je n\\&rsquo;ai plus qu\\&rsquo;\u00e0 jeter mes cl\u00e9s<br \/>\nCar elle m\\&rsquo;attend depuis que je suis n\u00e9 l\\&rsquo;Am\u00e9rique<br \/>\nJ\\&rsquo;abandonne sur mon chemin Tant de choses que j\\&rsquo;aimais bien<br \/>\nCela commence par un peu de chagrin \u00a0l\\&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb<\/em><em><strong>[6]<\/strong><\/em><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">C\u2019est l\u00e0 que se trouvent ses racines. Le destin du Juif est d\u00e9pendant de cette recherche acharn\u00e9e des origines. Il entre \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et se tourne vers l\u2019ethnologie et le russe. Il fait des petits boulots. Il est tour \u00e0 tour testeur, livreur, camionneur\u2026Son p\u00e8re d\u00e9sormais reconnu a tourn\u00e9 des films prestigieux comme \u00ab\u00a0La loi\u00a0\u00bb, \u00ab Jamais le dimanche \u00bb, et \u00ab Les enfants du Pir\u00e9e \u00bb avec Anthony Quinn et celle qui partagera d\u00e9sormais sa vie\u00a0: M\u00e9lina Mercouri. Joe soutient une th\u00e8se d\\&rsquo;ethnologie sur la tribu des Indiens Hopis, et doctorat en poche, sans argent, embarque sur un bateau pour l\u2019Italie dans la soute\u00a0!<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00ab\u00a0Je reviendrai je ne sais pas quand\u00a0 Cousu d\\&rsquo;or et brod\u00e9 d\\&rsquo;argent<\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00a0\u00a0 Ou sans un sou, mais plus riche qu\\&rsquo;avant\u00a0 De l\\&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb<\/em><em><strong>[7]<\/strong><\/em><\/p>\n<h3 style=\\\"font-weight: 400;\\\">Nous sommes en 1962, il a 24 ans et r\u00e9side \u00e0 Paris.<\/h3>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>C\u00f4t\u00e9 banjo there\\&rsquo;s always St. Francisco Bay C\u00f4t\u00e9 violon toujours Paris au mois de mai<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 raison, je me sens quelquefois d\\&rsquo;ailleurs Mais d\\&rsquo;ici c\u00f4t\u00e9 c\u0153ur\u00a0\u00bb<\/em><em><strong>[8]<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Son p\u00e8re l\u2019engage comme assistant sur le tournage de \u00ab Topkapi \u00bb, un grand film \u00e0 succ\u00e8s avec Peter Ustinov, Juif originaire de Russie qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les Juifs nous ont donn\u00e9 J\u00e9sus-Christ et Karl Marx, et ils se sont pay\u00e9s le luxe de ne suivre ni l\\&rsquo;un ni l\\&rsquo;autre.\u00a0\u00bb<\/em>. Dans ce film, Joe joue le r\u00f4le de Josef.\u00a0 Le 13 d\u00e9cembre 1963 Il fait une rencontre qui marquera sa vie, sa future femme, Maryse Massiera, chez Eddie Barclay. L\\&rsquo;ann\u00e9e suivante, il double des films am\u00e9ricains, \u00e9crit des articles pour Playboy et The New Yorker, devient animateur \u00e0 RTL. Maryse fait passer \u00e0 CBS, une bande sur laquelle Joe Dassin entonne un folk-song am\u00e9ricain,\u00a0\u00ab\u00a0<em>Freight Train<\/em> \u00bb. \u00c0 l\\&rsquo;\u00e9coute de la bande, CBS est convaincue de lancer son premier artiste francophone, et fin 1964, Joe Dassin, sera le premier fran\u00e7ais \u00e0 signer une maison de disques am\u00e9ricaine, enregistrant quatre titres. Ce n\u2019est qu\u2019en 1965 avec le titre \u00ab Bib-Bip \u00bb qu\u2019il connaitra son premier succ\u00e8s d\\&rsquo;estime. Joe Dassin fait son apparition dans les hit-parades. Fin 1965, Jacques Souplet, le PDG de CBS France, lui pr\u00e9sente celui qui deviendra son producteur et ami, Jacques Plait. Ce dernier est plus qu\u2019un producteur. Il pr\u00e9voit, anticipe, organiste, trouve les auteurs, les arrangeurs, et cr\u00e9e un monde dont Joe Dassin est le centre. Les succ\u00e8s, les tourn\u00e9es se succ\u00e8dent. Sur sc\u00e8ne, Joe Dassin est heureux. Il est habill\u00e9 de blanc,\u00a0 (une id\u00e9e de la femme d\u2019Henri Salvador). Ses chansons sont tendres, dr\u00f4les, rythm\u00e9es. Il apparait en pleine lumi\u00e8re, il resplendit. La musique le porte, l\u2019emporte, et Joe est reconnaissant\u00a0:<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">\u00ab<em>Toi, qui m\\&rsquo;a donn\u00e9 les plus belles ann\u00e9es de ma vie, Mes plus grandes esp\u00e9rances, mes plus grands regrets aussi,\u00a0\u00a0 Comme je t\\&rsquo;aimais, toi, ma musique, mon premier grand amour! \u00bb<\/em><em><strong>[9]<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00a0<\/em>Mais descendu de l\u2019estrade, Joe Dassin sent revenir en lui son \u00e2me slave. C\u2019est la fuite en avant, le stress, la d\u00e9prime, l\u2019alcool, les copains, la nuit, et la tristesse, celle qu\u2019il a re\u00e7ue en h\u00e9ritage\u00a0:\u00a0<em>\u00ab Sa chanson, c\\&rsquo;est l\\&rsquo;adieu qu\\&rsquo;il n\\&rsquo;a pas su lui dire Une musique pour se souvenir, se souvenir&#8230; Devant sa page blanche un musicien commence Une valse triste, c\\&rsquo;est pas toujours gai, les artistes. Il chante pour lui-m\u00eame les notes qui lui viennent \u00a0Comme un vent d\\&rsquo;automne, c\\&rsquo;est pas toujours gai, la Pologne. \u00bb<\/em><em><strong>[10]<\/strong><\/em><\/p>\n<h3 style=\\\"font-weight: 400;\\\"><strong>16 ans de carri\u00e8re, 6 millions de disques et des amis pour porter le chagrin.<\/strong><\/h3>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Le jour il est un charmant gar\u00e7on, un gendre id\u00e9al. Le soir, il est fils de l\u2019horizon, reprend la route, il est son grand-p\u00e8re Samuel. Son c\u0153ur est \u00e0 Paris, mais son \u00e2me arpente les planches de bois de la promenade \u00e0 Little Odessa, le quartier de New-York o\u00f9 se sont regroup\u00e9s tous les Juifs d\u2019Odessa. Son c\u0153ur est toujours \u00e0 vif, et ce n\u2019est pas sans cons\u00e9quences. Le 1er avril 1969, Joe s\u2019effondre, victime d\u2019un infarctus. Une p\u00e9ricardite virale l\u2019immobilise un mois. A peine relev\u00e9, Joe sort son album.<br \/>\nOlympia, prix de l\u2019acad\u00e9mie Charles Cros, disques, enregistrements, concerts, t\u00e9l\u00e9vision, des ann\u00e9es de succ\u00e8s, de tubes, de r\u00e9compenses. Joe se fait des amis, dont Carlos qui ne le quittera plus, et Jeanne Manson. Il rencontre des auteurs comme Claude Lemesle et Pierre Delano\u00e9. Charley Marouani, son impr\u00e9sario lui organisera de belles tourn\u00e9es, mais pris dans ce man\u00e8ge Joe perd parfois pied et se raccroche \u00e0 ceux qu\u2019il aime, \u00e0 ses parents, \u00a0\u00e0 ses s\u0153urs. Il prend quelques vacances \u00e0 la montagne, dans les Iles, au Maroc et quelque distance avec un m\u00e9tier exigeant.<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">En 1973 Maryse donne naissance \u00e0 un pr\u00e9matur\u00e9, Joshua, qui d\u00e9c\u00e8de cinq jours plus tard. La vie de Joe bascule \u00e0 nouveau. Vie conjugale chaotique, mariages, divorces, naissance de ses deux fils, Jonathan et Julien, Joe Dassin vit dans l\u2019antichambre de ce jeune homme qui collectionne les succ\u00e8s, fait la une des journaux pour midinettes, et passe son temps sur les routes du monde. En 1980, CBS accepte de presser \u00ab The Guitar Don\u2019t Lie \u00bb (adaptation d\u2019une chanson de Tony Joe White), pour le march\u00e9 fran\u00e7ais en version simple et maxi pour l\u2019\u00e9t\u00e9, mais attend de voir pour l\u2019album. Tout d\u00e9pendra de l\u2019accueil r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ce disque par le public. Joe attend, mais son \u00e9tat de sant\u00e9 se d\u00e9grade. Trop d\u2019abus, trop de peurs, trop de tout, trop de nuits. Manque d\u2019envie, manque d\u2019amour, manque de vie, manque de jour. En juillet, souffrant d\u2019un ulc\u00e8re \u00e0 l\u2019estomac, il est aussi victime d\u2019un infarctus et est hospitalis\u00e9. Jacques Plait vient lui rendre visite avant le d\u00e9part de Joe pour Tahiti. A Los Angeles, Joe Dassin est frapp\u00e9 par une nouvelle attaque. Tout lui revient, son enfance, ses errances, ses allers, ses d\u00e9parts, il n\u2019oublie rien\u00a0:<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">\u00ab\u00a0<em>Je sais bien que tout change Et que les photos vieillissent\u2026<br \/>\nEt que le temps de mes dix ans\u00a0\u00a0 Est d\u00e9j\u00e0 loin, loin, loin\u2026\u00a0\u00bb<\/em><em><strong>[11]<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Il est \u00e0 bout, et ce natif du scorpion va continuer \u00e0 s\u2019enfoncer dans la d\u00e9pression. Arriv\u00e9 chez lui \u00e0 Tahiti avec Claude Lemesle, sa m\u00e8re B\u00e9a, et ses deux enfants, il essaie d\u2019oublier ses probl\u00e8mes. Mais il est l\u2019heure, le temps avance, et le 20 ao\u00fbt \u00e0 midi, au restaurant \u00ab Chez Michel et Eliane \u00bb \u00e0 Papeete, Joe Dassin s\u2019effondre victime d\u2019une crise cardiaque fatale.<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Le mercredi 27 ao\u00fbt, \u00e0 Los Angeles, un avion ram\u00e8ne la d\u00e9pouille du chanteur qui est conduite directement \u00e0 la \u201c Maninow Silverman Mortuary \u201d, dans les faubourgs de la ville. Joe est enterr\u00e9 dans le carr\u00e9 isra\u00e9lite de Betolan, un cimeti\u00e8re de Hollywood entour\u00e9 d\u2019un mur blanc, sa couleur f\u00e9tiche. Devant le rabbin qui lit la pri\u00e8re des morts, il n\u2019y a que M\u00e9lina Mercouri, Ricky, Julie et Jules Dassin qui sanglote. Il a perdu son image dans un miroir. La bataille juridique a commenc\u00e9. Joe est d\u00e9j\u00e0 loin. Il est all\u00e9 jusqu\u2019au bout de sa vie, sans rien regretter, port\u00e9 par ses chansons qui font partie de la m\u00e9moire collective et qui donnent lieu \u00e0 des spectacles, des disques de reprise comme celui r\u00e9cent d\u2019H\u00e9l\u00e8ne S\u00e9gara, \u00ab\u00a0Et si tu n\u2019existais pas\u00a0\u00bb qui fait revivre Joe Dassin gr\u00e2ce \u00e0 un duo virtuel. Mais il est un spectacle \u00e9tonnant qui permet de boucler la boucle et de relier Joe \u00e0 Joseph Ira. Il s\u2019agit du spectacle\u00a0<em>\u00ab\u00a0les Dassin d\u2019Odessa\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0Joe Dassin revisit\u00e9, escort\u00e9 par une clarinette, un accord\u00e9on, une guitare, une contrebasse. Il parle de fuite, du refus de s\u2019installer, des transhumances, \u00e0 coup de za\u00ef, za\u00ef, de sifflets sur la colline, comme l\u2019indique un article de presse.<\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\"><em>\u00ab\u00a0Issus de la branche balkanique des Dassin, ils d\u00e9barquent d\\&rsquo;Odessa et s\\&rsquo;attaquent aux racines du cousin Joe. Un hommage, oui, mais \u00e0 la sauce klezmer au parfum rock yiddish, punk slave et jazz tsigane. La saveur des origines relev\u00e9e au go\u00fbt du jour. Le Dassin en noir et blanc reprend des couleurs. C\\&rsquo;est frais, p\u00e9tillant, surprenant, s\u00e9duisant\u2026Cette couleur klezmer sied tellement bien \u00e0 Dassin qu\\&rsquo;on en viendrait \u00e0 se dire qu\\&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le, finalement, la vraie nature de son \u0153uvre.\u00a0<\/em><em><strong>[12]<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\\\"font-weight: 400;\\\">Joe Dassin d\u2019Odessa, un c\u0153ur fragile, une \u00e2me juive qui parcourt le monde.<\/p>\n<p>[1]\u00a0Isabelle Ferri-Nemirovski, \u00ab\u00a0M\u00e9moire(s) et nostalgie des Juifs d\u2019Odessa\u00a0: un ph\u00e9nom\u00e8ne sp\u00e9cifique\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[2]\u00a0Chanson \u00ab\u00a0Elle chantait ma m\u00e8re\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[3]\u00a0Chanson \u00ab Le chemin de papa\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[4]\u00a0 \u00ab\u00a0Surtout et par-dessus tout,<\/p>\n<p>J\u2019attends l\u2019homme que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[5]\u00a0The black list<\/p>\n<p>[6]\u00a0Chanson \u00ab\u00a0l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[7]\u00a0Chanson \u00ab\u00a0l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[8]\u00a0Chanson \u00ab\u00a0c\u00f4t\u00e9 banjo c\u00f4t\u00e9 violon\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[9]\u00a0Chanson \u00ab\u00a0les plus belles ann\u00e9es de ma vie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[10]\u00a0Chanson \u00ab\u00a0chanson triste\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[11]\u00a0Chanson \u00ab\u00a0\u00e0 la sant\u00e9 d\u2019hier\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[12]\u00a0La Voix du nord<\/p>\n<p>Ou encore S\u2019abonner au magazine livr\u00e9 chez vous en toute confidentialit\u00e9. Remplir le formulaire<\/p>\n<p><a href=\\\"https:\/\/docs.google.com\/forms\/d\/e\/1FAIpQLSfPYJfb8KjEya-X17w0DGPAuBlCGvqVUdh_Is8EL810Lxw82A\/viewform?entry.1189475001=Recipient_Email\\\">https:\/\/docs.google.com\/forms\/d\/e\/1FAIpQLSfPYJfb8KjEya-X17w0DGPAuBlCGvqVUdh_Is8EL810Lxw82A\/viewform?entry.1189475001=Recipient_Email<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Il s\u2019appelait Joseph Ira Dassin, mais tout le monde l\u2019appelait Joe Dassin. Son grand-p\u00e8re paternel, Samuel, \u00e9tait un \u00e9migr\u00e9 russe qui avait quitt\u00e9 tr\u00e8s jeune Odessa, persuad\u00e9 que dans cette Am\u00e9rique mythique, recompos\u00e9e par les rumeurs, embellie par des r\u00eaves d\u2019exil,\u00a0\u00ab\u00a0il suffisait de se pencher pour ramasser l\u2019or \u00e0 pleines mains\u00a0\u00bb.<br \/>\nOdessa est une ville d\u2019Ukraine, sur les bords de la Mer noire,\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0Une ville fa\u00e7onn\u00e9e par les Juifs\u00a0\u00bb \u00e9crit Isaac Babel dans ses\u00a0Contes d\u2019Odessa\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":55013,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":""},"categories":[41],"tags":[1628,2860,1780],"sujet":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55012"}],"collection":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=55012"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55012\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=55012"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=55012"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=55012"},{"taxonomy":"sujet","embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fsujet&post=55012"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}