{"id":60763,"date":"2023-02-26T15:04:04","date_gmt":"2023-02-26T13:04:04","guid":{"rendered":"https:\/\/israelmagazine.net\/?p=60763"},"modified":"2023-02-26T15:04:04","modified_gmt":"2023-02-26T13:04:04","slug":"retrouver-kafka-par-jean-marc-alcalay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/israelmagazine.net\/?p=60763","title":{"rendered":"Retrouver Kafka, par Jean-Marc Alcalay"},"content":{"rendered":"<h1><strong>RETROUVER KAFKA<\/strong><\/h1>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h2><strong>Amschel l\u2019h\u00e9breu\u00a0!<\/strong><\/h2>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>\u00a0Permettez, Amschel, que je vous parle en h\u00e9breu car je ne crois pas me tromper, depuis le temps que vous avez commenc\u00e9\u00a0 \u00e0 l\u2019apprendre, \u00a0je pense qu\u2019aujourd\u2019hui, vous le connaissez parfaitement : je cite de m\u00e9moire le livre de Jacqueline Sudaka-B\u00e9naz\u00e9raf<a href=\\\"#_ftn1\\\" name=\\\"_ftnref1\\\">[1]<\/a> qui a retrac\u00e9 vos ann\u00e9es d\u2019apprentissage de la langue sacr\u00e9e\u00a0: vous l\u2019aviez apprise lors de votre Bar-mitzva en 1896, puis reprise \u00e0 partir de mai et surtout du 10 septembre 1917 \u00e0 l\u2019aide manuel de Moses Rath, puis encore en 1919 avec Karl Tieberger le fils du rabbin de Prague. Encore avec Georg Mordera\u00ef Langer (1894-1943). Juif original, Hassidique, il fait le lien entre la psychanalyse et le juda\u00efsme. Il est par ailleurs, auteur entre autre de <em>L\u2019\u00e9rotique de la Kabbale<a href=\\\"#_ftn2\\\" name=\\\"_ftnref2\\\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em> et a publi\u00e9 dans la revue freudienne <em>Imago<\/em>.<\/p>\n<p>Il quitte Prague avant l\u2019arriv\u00e9e des nazis, s\u00e9journe un peu en France avant de partir vers la Palestine mandataire o\u00f9, malade, il meurt quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, le 22 mars 1943\u2026 Enfin, derniers cours d\u2019h\u00e9breu avec Puah Ben Tovin, venue elle, de Palestine \u00e0 Prague\u2026 Aujourd\u2019hui, vous le parlez couramment d\u2019autant, je crois, que vous voyagez tel un fant\u00f4me entre Prague, Paris, New-York, Berlin et Tel-Aviv. Vous pourriez m\u00eame \u00eatre Karl Rossmann le h\u00e9ros de votre roman, <em>L\u2019Am\u00e9rique<a href=\\\"#_ftn3\\\" name=\\\"_ftnref3\\\"><strong>[3<\/strong><\/a><strong><a href=\\\"#_ftn2\\\" name=\\\"_ftnref2\\\">]<\/a><\/strong><\/em>, que vous avez aussi voulu appeler <em>Le Disparu<\/em>, ce que vous avez d\u2019ailleurs d\u00e9cid\u00e9 de devenir apr\u00e8s votre mort arrang\u00e9e\u2026 Alors, apprentissage de l\u2019h\u00e9breu pendant toutes ces ann\u00e9es et apr\u00e8s, certains diront que vous n\u2019\u00e9tiez pas sioniste. Qu\u2019en est-il ?<\/p>\n<h2><strong>Alors, sioniste\u00a0? <\/strong><\/h2>\n<p>Maintenant, Amschel, soufflez vos 140 bougies\u00a0! Quand m\u00eame, c\u2019est pas mal\u00a0! Mo\u00efse est mort \u00e0 120 ans\u00a0! Alors, encore une fois monsieur Kafka, <em>yom houl\u00e9det samea\u2019h<\/em>\u00a0! Bon anniversaire! D\u00e9j\u00e0, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 vous avez appris l\u2019h\u00e9breu, c\u2019\u00e9tait pour partir en Palestine mandataire et devenir agriculteur. Vous l\u2019aviez m\u00eame dit \u00e0 votre ami Gustav Janouch (1903-1968) qui dans son livre <em>Conversations avec Kafka<a href=\\\"#_ftn4\\\" name=\\\"_ftnref4\\\"><strong>[4]<\/strong><\/a><\/em>, a rapport\u00e9 vos propos dont je me souviens exactement\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 <em>Pourquoi pas\u00a0? Je r\u00eave de partir \u00a0pour la Palestine comme agriculteur ou comme artisan\u2026 pour trouver une vie pleine de sens dans la s\u00e9curit\u00e9 et la beaut\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Finalement, votre r\u00eave est devenu r\u00e9alit\u00e9 mais des ann\u00e9es apr\u00e8s, enfin, juste apr\u00e8s votre \u00ab\u00a0mort\u00a0\u00bb\u00a0! Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la tuberculose dont vous souffriez vous en avait emp\u00each\u00e9, \u00e0 la grande joie, aujourd\u2019hui de vos critiques de gauche qui\u00a0 vous admirent toujours, mais qui ne veulent\u00a0 surtout pas voir en vous un horrible sioniste.<\/p>\n<h2>Le p\u00e9ch\u00e9 contre l\\&rsquo;esprit de gauche<\/h2>\n<p>Sioniste, quel gros mot pour la gauche et autres pro-palestiniens de caniveau\u00a0! Il faut que l\u2019\u00e9crivain le plus g\u00e9nial du monde soit de leur bord id\u00e9ologique comme ils le font trop facilement pour Freud, Zweig, Einstein\u2026, guettant leur moindre h\u00e9sitation, leur moindre ambivalence concernant la Palestine juive, enfin, c\u2019est quand m\u00eame normal d\u2019\u00eatre ambivalent, ne croyez-vous pas\u00a0!, pour d\u00e9clarer haut et fort et enfin soulag\u00e9s par leur tour de passe-passe id\u00e9ologique, que les plus brillants penseurs du XXe \u00a0si\u00e8cle \u00e9taient antisionistes\u2026<\/p>\n<p>Dieu merci monsieur Amschel, vous avez surv\u00e9cu \u00e0 tout cela et vous vivez loin de ceux qui aujourd\u2019hui seront bient\u00f4t d\u00e9vor\u00e9s par les monstres qu\u2019ils ont eux-m\u00eames cr\u00e9\u00e9s, le wokisme et ses enfants terribles, l\u2019\u00e9criture inclusive, les th\u00e9ories du genre, l\u2019antisionisme et son \u00ab poison-pilote \u00bb, l\u2019antis\u00e9mitisme, le tout couronn\u00e9 du d\u00e9boulonnage des statues des personnages qui ont fait l\u2019histoire, que l\u2019on soit pour ou contre eux, le saccage des \u0153uvres d\u2019art\u2026 Cela sent leur soif de puret\u00e9 originelle au go\u00fbt amer de nazisme, de stalinisme et de pro-islamisme, le tout, sous le couvert du progressisme, une r\u00e9gression en fait, et, j\u2019oubliais, d\u2019urgence climatique\u2026<\/p>\n<h2>Deux nouveaux ouvrages sur Kafka<\/h2>\n<p>En fait, un fatras de pens\u00e9es boueuses et naus\u00e9abondes. Mais passons, monsieur Kafka. Vous \u00eates tranquille, anonyme, disparu et pourtant bien vivant ! Deux romanciers ont pourtant failli vendre la m\u00e8che. Curt Leviant dans son livre <em>Le fils de Kafka<\/em><a href=\\\"#_ftn5\\\" name=\\\"_ftnref5\\\">[5]<\/a> et Nicole Kraus dans<em> For\u00eat obscure<\/em><a href=\\\"#_ftn6\\\" name=\\\"_ftnref6\\\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans son roman, le premier vous imagine vivre \u00e0 Prague en 1992 sous un faux nom dont l\u2019auteur, \u00e9trangement vous ressemble, cher Franz Kafka et qui de K en K retrouve, bien vivant l\u2019auteur du <em>Proc\u00e8s<\/em>.<\/p>\n<p>La seconde imagine que son h\u00e9ro\u00efne Nicole, au m\u00eame pr\u00e9nom qu\u2019elle d\u2019ailleurs, son double en fait, apr\u00e8s son \u00e9chec marital, se rend \u00e0 Tel-Aviv o\u00f9, entre autres, elle y rencontre un certain Kafka\u2026, vous en l\u2019occurrence.<\/p>\n<p>Mais heureusement, ces deux livres ne sont que des histoires imagin\u00e9es par leurs auteurs et non une vraie enqu\u00eate. Nul trace litt\u00e9raire de vous aujourd\u2019hui car vous n\u2019\u00e9crivez plus gu\u00e8re que quelques nouvelles qui paraissent sous un autre nom que Kafka qu\u2019imprudemment vous avez tout simplement traduit par : Amschel Choucas. De quoi vous faire rep\u00e9rer !<\/p>\n<h2>Les proc\u00e8s post-mortem<\/h2>\n<p>Mais enfin, vous ne les terminez pas comme <em>Le Ch\u00e2teau<a href=\\\"#_ftn7\\\" name=\\\"_ftnref7\\\"><strong>[7]<\/strong><\/a><\/em> <em>Le Proc\u00e8s<a href=\\\"#_ftn8\\\" name=\\\"_ftnref8\\\"><strong>[8]<\/strong><\/a><\/em> que votre ami Max Brod (1884-1968) a tout de m\u00eame publi\u00e9s comme bien d\u2019autres petites nouvelles encore\u2026 J\u2019ai m\u00eame assist\u00e9 \u00e0 votre dernier proc\u00e8s<a href=\\\"#_ftn9\\\" name=\\\"_ftnref9\\\">[9]<\/a>, celui qui a oppos\u00e9 les h\u00e9riti\u00e8res de Max Brod \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Au passage, Benjamin Balint, l\u2019auteur de ce dernier proc\u00e8s \u00e9crit aussi que vous n\u2019avez vraiment jamais adh\u00e9r\u00e9 au sionisme\u2026 ? Et pourtant, vous \u00eates l\u00e0 et votre \u0153uvre aussi !\u00a0 La Biblioth\u00e8que d\u2019Isra\u00ebl a d\u2019ailleurs gagn\u00e9 son proc\u00e8s, enfin le v\u00f4tre !, et je vous soup\u00e7onne parfois d\u2019aller consulter vos archives en tout anonymat\u2026 Vous devez bien sourire devant cette masse d\u2019\u00e9crits ! Comme vous le souhaitiez d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, vos romans ne sont plus ces milliers de papiers \u00e9pars, vos livres non termin\u00e9s, votre journal, vos dessins que vous appeliez gribouillis, ce sont aujourd\u2019hui vos tomates gorg\u00e9es du sel de la Mer morte o\u00f9, dans le secret vous vivez parmi vos poivrons, vos dattes et votre raisin dor\u00e9 par le soleil. Eh oui, m\u00eame le raisin pousse sous ce climat br\u00fblant et sec comme le tranchant de vos romans ! Et le pass\u00e9 dans tout cela ?<\/p>\n<h2><strong>\u0152uvre termin\u00e9e, \u0153uvre interminable\u00a0!<\/strong><\/h2>\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>N\u00e9 le 3 juillet 1883 dans le vieux quartier juif de Prague, vous n\u2019avez \u00e9crit que 6 livres avant votre fausse mort d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 41 ans, le 4 juin 1924. Sans votre ami Max Brod qui a \u00ab\u00a0trahi\u00a0\u00bb, le mot est un peu fort car il avait demand\u00e9 la permission \u00e0 vos parents et \u00e0 vos s\u0153urs, de ne pas br\u00fbler vos \u00e9crits malgr\u00e9 votre volont\u00e9 biblioclaste de le faire<a href=\\\"#_ftn10\\\" name=\\\"_ftnref10\\\">[10]<\/a>, vous seriez rest\u00e9 dans les oubliettes de l\u2019histoire litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Mais devenir un grand \u00e9crivain ne vous aurait pas non plus d\u00e9plu, ce que d\u2019ailleurs vous \u00eates devenu\u2026 Vous avez laiss\u00e9 faire votre ami non sans un sourire malicieux que vous avez encore quand je vous en parle. Vous avez tout laiss\u00e9 passer, pr\u00e9f\u00e9rant le renoncement \u00e0 la vie publique plut\u00f4t que l\u2019affrontement avec tous les \u00ab Kafkapathologues \u00bb qui, de par le monde, n\u2019ont pas cess\u00e9 de commenter votre \u0153uvre. Les linguistes n\u2019arr\u00eatent pas de relire vos romans, votre journal, votre correspondance et de nous livrer encore et encore de nouvelles traductions de Kafka.<\/p>\n<h2>K, un sceau ind\u00e9modable<\/h2>\n<p>Voyez La Pl\u00e9iade<a href=\\\"#_ftn11\\\" name=\\\"_ftnref11\\\">[11]<\/a>, voyez Jean Khan<a href=\\\"#_ftn12\\\" name=\\\"_ftnref12\\\">[12]<\/a>, voyez aussi le livre de vos dessins<a href=\\\"#_ftn13\\\" name=\\\"_ftnref13\\\">[13]<\/a>, que j\u2019\u00e9voquais tout \u00e0 l\u2019heure, vos gribouillis comme vous aimiez \u00e0 le dire !\u00a0 Vous vous souvenez, vos dessins de petits bonshommes qui avaient la forme d\u2019un K, comme le K de votre nom. Petits personnages stylis\u00e9s, tr\u00e8s graphiques et tr\u00e8s esth\u00e9tiques dont les \u00e9diteurs ont illustr\u00e9 beaucoup de couvertures de vos romans.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas tout, dans ce beau livre il y a des visages, d\u2019ailleurs bien dessin\u00e9s, des chevaux et autres animaux, des griffonnages, un livre que j\u2019ai chez moi et que je feuillette souvent, tant il repr\u00e9sente votre univers&#8230;<\/p>\n<p>Je continue : consid\u00e9rez aussi les livres qui s\u2019annoncent sur votre nom et sur votre \u0153uvre : une immense biographie va sortir au mois de <strong><em>mars 2023 sous la plume de Reiner Stach<\/em><\/strong><a href=\\\"#_ftn14\\\" name=\\\"_ftnref14\\\">[14]<\/a>. Le premier tome p\u00e8sera 1000 pages, suivi d\u2019un second \u00e0 paraitre en automne 2023 et d\u2019un troisi\u00e8me en 2024, l\u2019ann\u00e9e de votre \u00ab\u00a0mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>L\\&rsquo;heure des comm\u00e9morations<\/h2>\n<p>Ce n\u2019est pas termin\u00e9 cher Franz\u00a0: Les \u00e9ditions Allia<a href=\\\"#_ftn15\\\" name=\\\"_ftnref15\\\">[15]<\/a> ont sorti, en f\u00e9vrier de cette ann\u00e9e une nouvelle traduction de la trilogie qui comprend <em>La M\u00e9tamorphose<\/em>, <em>Le Verdict<\/em> et <em>Le M\u00e9cano<\/em>. Une autre traduction de <em>La M\u00e9tamorphose <\/em>et illustr\u00e9e, va paraitre en mars de cette m\u00eame ann\u00e9e<a href=\\\"#_ftn16\\\" name=\\\"_ftnref16\\\">[16]<\/a>. D\u00e9cid\u00e9ment, toutes ces traductions m\u00e9tamorphosent, c\u2019est le cas de le dire, votre\u00a0 style originel.<\/p>\n<p>Du coup, elles rendent votre \u0153uvre interminable, et je ne parle pas de tout ce qui est d\u00e9j\u00e0 sorti et qui sortira encore, sur vous et sur vos romans en 2023 et 2024, en dehors de la France dont je viens. Vous ne dites toujours rien, vous souriez\u2026<\/p>\n<h2>Le corps du texte et de l\\&rsquo;auteur, objets de sciences<\/h2>\n<p>Je poursuis : si des chirurgiens s\u2019\u00e9taient empar\u00e9s de votre corps apr\u00e8s votre mort, ils auraient scrut\u00e9 votre cerveau \u00e0 l\u2019IRM, puis ils l\u2019auraient diss\u00e9qu\u00e9 \u00e0 coup de bistouri et de scalpels, et vos admirateurs vous auraient embaum\u00e9. <em>Baroukh ata Hashem\u00a0! <\/em>Vous avez \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 tout cela\u00a0!<\/p>\n<p>Les psychanalystes<a href=\\\"#_ftn17\\\" name=\\\"_ftnref17\\\">[17]<\/a> vous ont aussi allong\u00e9 sur leur divan, y cherchant quelques traits \u0153dipiens que vous leur avez servis, pardonnez-moi, mais sur un plateau d\u2019argent.<\/p>\n<p>Pour preuves : le rapport \u00e0 votre p\u00e8re que j\u2019\u00e9voquerai plus tard, vos somatisations et puis surtout, votre impossibilit\u00e9 de vous engager dans le mariage, avec Felice Bauer (1887-1960) Julie Wohryzek (1891-1944), Milena Jesensk\u00e0 (1896-1944) et Dora Diamant (1898-1952) votre derni\u00e8re conqu\u00eate, celle qui vous a veill\u00e9 sur votre lit de \u00ab mort \u00bb et qui, avec la complicit\u00e9 du docteur Robert Kloptock (1899-1972) a trafiqu\u00e9 votre certificat de d\u00e9c\u00e8s. Vous vous souvenez, pour la post\u00e9rit\u00e9 et pour ajouter une touche dramatique \u00e0 votre agonie, vous faisiez mine de corriger les derni\u00e8res \u00e9preuves de votre livre, <em>Un Virtuose de la faim<a href=\\\"#_ftn18\\\" name=\\\"_ftnref18\\\"><strong>[18]<\/strong><\/a><\/em> et comme le h\u00e9ros de votre roman, vous aussi \u00e9tiez en somme \u00ab mort \u00bb de cachexie\u2026 Tous \u00e9taient complices de votre fausse disparition : vos parents, vos s\u0153urs, vos amis\u2026 Tous savaient que vous \u00e9tiez parti en Palestine mandataire. Alors ! Fausse mort, faux enterrement, fausse p\u00e9riode de deuil, mais vraie fuite par le train, Prague, Hambourg puis en bateau clandestin jusqu\u2019\u00e0 Ha\u00effa, votre Am\u00e9rique, <em>Amerika<\/em>\u00a0!\u2026 Un vrai roman. Bien jou\u00e9 Kafka\u00a0!<\/p>\n<h2><strong>Vivre avec les morts\u00a0! <\/strong><\/h2>\n<p>Malheureusement, vivre aussi longtemps, c\u2019est devoir vivre avec les morts, avec ceux qu\u2019on a aim\u00e9s. Il a fallu pouvoir surmonter, non sans douleurs, l\u2019annonce de la mort de vos proches et cela a pu vous d\u00e9primer. L\u2019annonce de celle de vos parents a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dure\u00a0: Julie, (1856-1934) votre m\u00e8re et votre p\u00e8re Hermann (1852-1931) dont nous connaissons votre c\u00e9l\u00e8bre <em>Lettre au p\u00e8re<\/em><a href=\\\"#_ftn19\\\" name=\\\"_ftnref19\\\">[19]<\/a>. Il y avait deux lettres en fait que vous ne lui avez jamais envoy\u00e9es, mais dont les psychanalystes et autres romanciers et commentateurs de votre \u0153uvre ont fait leurs choux gras. En v\u00e9rit\u00e9, votre p\u00e8re \u00e9tait imposant, mais pas si terrible que cela. Ce sont vos repr\u00e9sentations \u00e0 vous, enfant, qui en avaient fait le p\u00e8re terrible que vous avez d\u00e9crit, mais dont malheureusement, nous avons retenu la triste figure et la construction apr\u00e8s coup, que vous en avez faite !<\/p>\n<h2>S\\&rsquo;\u00e9clipser aux pr\u00e9misses de la Catastrophe<\/h2>\n<p>Puis-je vous rappeler encore d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements politiques aussi horribles, \u00a0mais vous \u00e9tiez d\u00e9j\u00e0 loin. Les accords de Munich en 1938 qui signent le d\u00e9pe\u00e7age de votre ch\u00e8re Tch\u00e9coslovaquie, et l\u2019occupation de tout le pays le 15 mars 1939 puis en juin la s\u00e9questration de tous les biens juifs et en ao\u00fbt, l\u2019interdiction des bains \u00e0 vos coreligionnaires, vous qui aimiez tant nager, puis impossibilit\u00e9 d\u2019aller au th\u00e9\u00e2tre et au cin\u00e9ma, puis encore l\u2019acc\u00e8s \u00e0 tous les parcs de la ville interdits aux Juifs, le parc Chotec, celui de votre enfance et de vos promenades.<\/p>\n<h2>Trag\u00e9die praguoise<\/h2>\n<p>Et puis dans cette terrible tourmente, l\u2019histoire de \u00a0votre famille et vos amis. \u00a0En 1940, votre ni\u00e8ce, Hanna, la fille d\u2019Elli (Gabrielle) est mari\u00e9e \u00e0 Arno\u0161t Seidner. Sa s\u0153ur, Marianne Steiner quitte le pays avec son mari, son fils et&#8230; 26 000 autres Juifs, entre le 15 mars 1939 et septembre 1941. Le 19 du m\u00eame mois, obligation pour les Juifs du port de l\u2019\u00e9toile puis \u00e0 l\u2019automne, Alena Wagnerov\u00e1<a href=\\\"#_ftn20\\\" name=\\\"_ftnref20\\\">[20]<\/a> dans son livre tr\u00e8s document\u00e9 sur votre famille, \u00e9crit que les premi\u00e8res d\u00e9portations commencent, dont seront victimes tous vos proches.<\/p>\n<p>Votre ami Isaac (Isak) L\u00f6wy, ce Juif de l\u2019Est, \u00a0dont vous admiriez tant le th\u00e9\u00e2tre Yiddish, quand vous vous rendiez au caf\u00e9 Savoy avec Max Brod, est lui aussi mort \u00e0 Treblinka avec toute sa famille. Vous le connaissiez depuis 1910\u2026 Il n\u2019y a pas qu\u2019eux\u00a0!<\/p>\n<h2>Lodz, ghetto de triage vers Chelmno et Treblinka<\/h2>\n<p>Vous \u00eates tr\u00e8s \u00e9mu et vous n\u2019avez rien oubli\u00e9 : votre s\u0153ur Elli, (1889-1942) mari\u00e9e \u00e0 Karl Hermann, mort en 1939, part avec sa famille vers le ghetto de Lodz dans le deuxi\u00e8me transport. Nous sommes le 21 octobre 1941. Dix jours plus tard, c\u2019est Valli, Val\u00e9rie (1890-1942) et son mari, Josef Pollak qui avaient deux filles, sont transport\u00e9s vers Lodz avec le quatri\u00e8me transport. Alena Wagnerov\u00e1<a href=\\\"#_ftn21\\\" name=\\\"_ftnref21\\\">[21]<\/a> \u00e9crit encore qu\u2019aux 5000 Juifs de Prague arriv\u00e9s \u00e0 Lodz, s\u2019ajoutent le 21 octobre 1050 autres Juifs puis aux 160\u00a0000 Juifs entass\u00e9s dans le ghetto de Lodz entre le 16 octobre et le 4 novembre 1941, s\u2019ajoutent encore des Juifs de Berlin de Vienne, de Cologne\u2026<\/p>\n<img class=\\\"size-medium wp-image-60768\\\" src=\\\"https:\/\/israelmagazine.co.il\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/children-go-from-lodz-to-cjhelmno-1024x6401-1-300x188.jpg\\\" alt=\\\"\\\" width=\\\"300\\\" height=\\\"188\\\" \/>\n<p>Bient\u00f4t, mais 6 mois apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, les familles Hermann et Seidner se regroupent dans des logements, rejoints par Josef Pollak et votre s\u0153ur Valli. Les assassinats se poursuivent avec 70\u00a0000\u00a0 Juifs du Ghetto tu\u00e9s \u00e0 Chelmno, entre janvier et septembre puis encore 11\u00a0000 vers le 4 mai 1942.<\/p>\n<p>En septembre, on perd la trace d\u2019Elli, de Valli vos s\u0153urs, et de Josef Pollak. Valli a sans doute \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e \u00e0 Chelmno. La famille Seidner a aussi disparu avec Hanna leur fille et ses beaux-parents. Et si Arno\u0161t Seidner a surv\u00e9cu au ghetto, il est mort le 28 mars 1945 \u00e0 Dachau. Et que dire de la disparition de la gouvernante de votre famille, Maria Wernerov\u00e1 d\u00e9port\u00e9e le 10 d\u00e9cembre 1941, d\u2019abord dans le ghetto de Theresienstadt, cr\u00e9\u00e9 le m\u00eame mois, puis \u00e0 Riga o\u00f9 sa trace se perd.<\/p>\n<h2>Ottla, s\u0153ur ch\u00e9rie, assassin\u00e9e \u00e0 Auschwitz<\/h2>\n<p>Je ne devrais pas vous rappeler ces terribles \u00e9v\u00e8nements mais, Ottla, Ottilie (1892-1943) votre s\u0153ur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e le 3 ao\u00fbt 1942, a \u00e9t\u00e9 gaz\u00e9e \u00e0 Auschwitz le 5 octobre 1943 avec 1260 enfants. \u00a0Elle venait de Theresienstadt. Mari\u00e9e puis divorc\u00e9e de Josef David, un non juif qui, lui, sera \u00e9pargn\u00e9.<\/p>\n<p>La guerre termin\u00e9e, vous apprenez que tous vos amis, les femmes que vous avez aim\u00e9es, et votre famille ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9anties par les nazis. Siefried L\u00f6wy, votre oncle pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, le demi-fr\u00e8re de votre m\u00e8re, le m\u00e9decin de campagne et dont les r\u00e9cits ont inspir\u00e9 votre roman justement intitul\u00e9, <em>Un m\u00e9decin de campagne<\/em><a href=\\\"#_ftn22\\\" name=\\\"_ftnref22\\\">[22]<\/a>, se suicide en 1943. Que pouviez-vous faire si loin de tous ? Sinon vous r\u00e9volter, puis pleurer et encore pleurer, suite \u00e0 l\u2019horrible assassinat par les nazis de Milena \u00e0 Ravenbruck le 17 mai 1944 puis celui de Julie Wohrysek \u00e0 Auschwitz le 26 ao\u00fbt de la m\u00eame ann\u00e9e. N\u2019oubliez pas Grete Bloch (1892-1944), une amie de Felice Bauer, \u00e0 qui vous aviez \u00e9crit 28 lettres. Elle \u00e9tait n\u00e9e \u00e0 Berlin, mais quand les nazis prennent le pouvoir, elle fuit \u00e0 Gen\u00e8ve puis en Palestine mandataire avant de venir s\u2019installer \u00e0 Florence. Les Nazis occupent l\u2019Italie en septembre 1943. Grete se r\u00e9fugie dans un village des montagnes mais est arr\u00eat\u00e9e en mai 1944 et meurt \u00e0 Auschwitz comme tant d\u2019autres de vos amis et de votre famille\u2026<\/p>\n<h2>Survivants aux al\u00e9as du destin<\/h2>\n<p>Comment survivre Amschel, comment ne pas hurler que vous \u00eates vivant et que vous pouvez t\u00e9moigner et comment pouvez-vous vous taire, rester dans l\u2019anonymat et sans voix apr\u00e8s tous ces Juifs assassin\u00e9s, et aujourd\u2019hui face \u00e0 ces critiques insens\u00e9es d\u2019Isra\u00ebl o\u00f9 vous vivez\u2026\u00a0?<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas termin\u00e9, votre supplice de vivant se poursuit. Je sais que vous avez pleur\u00e9 \u00e0 la mort de F\u00e9lice Bauer d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1960, \u00e0 Rye, en Californie. \u00c1 l\u2019\u00e9poque, vous n\u2019avez rien dit quand par manque d\u2019argent, elle a vendu \u00e0 l\u2019\u00e9diteur Salman Schocken votre correspondance. Dora Diamant votre dernier amour est mort \u00e0 Londres. Quant au docteur Robert Kloptock qui a arrang\u00e9 votre mort, qui vous aurait m\u00eame inject\u00e9 de la morphine pour soulager vos souffrances, et rendre votre fin plus douce, il est aussi celui qui a truqu\u00e9 votre certificat de d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<h2>Le m\u00e9decin qui refuse l\\&rsquo;euthanasie, est un assassin<\/h2>\n<p>Lui a fui aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il est devenu un sp\u00e9cialiste des maladies pulmonaires, avant de d\u00e9c\u00e9der \u00e0 New-York en 1972. Vous l\u2019aviez rencontr\u00e9 en 1921 au sanatorium de Matliarech dans les Tatras et peut-\u00eatre encore aux USA, pour le remercier de son subterfuge et lui rappeler ce que les lecteurs ont retenu de vos relations quand vous lui avez lanc\u00e9 que s\u2019il ne vous tuait pas, il \u00e9tait un assassin. Vous \u00e9tiez alors sur votre lit de pseudo-mort au sanatorium de Kierling, pr\u00e8s de Vienne.<\/p>\n<p>Un roman de Laurent Seksik<a href=\\\"#_ftn23\\\" name=\\\"_ftnref23\\\">[23]<\/a>, encore un, vient de sortir qui commence aussi par cette phrase. Il raconte l\u2019histoire de votre \u00a0\u00ab\u00a0m\u00e9decin-assassin\u00a0\u00bb, mais aussi celle de votre s\u0153ur Ottla et de Dora Diamant, votre derni\u00e8re conqu\u00eate. Nous connaissons la suite que vous avez voulue donner aux \u00e9v\u00e9nements\u2026<\/p>\n<h2>Dernier gar\u00e7on de deux d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9coces<\/h2>\n<p>Cette liste h\u00e9las ne serait pas compl\u00e8te s\u2019il n\u2019y avait eu la mort de vos deux petits fr\u00e8res Georg (1885-1886) et Heinrich (1887-1888),\u00a0 n\u00e9s apr\u00e8s vous et d\u00e9c\u00e9d\u00e9s chacun \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 1 an. Peut-\u00eatre que ces deux petits anges disparus trop t\u00f4t ont-ils eu aussi une influence sur votre vie. Deuil interminable, jalousie, remords, culpabilit\u00e9 du fait de rester le Seul, un peu comme Freud face \u00e0 la disparition de son fr\u00e8re Julius alors \u00e2g\u00e9 de 8 mois\u2026 ? Toutes les hypoth\u00e8ses sont possibles. Une seule certitude : vous restiez l\u2019unique gar\u00e7on parmi trois s\u0153urs et deux parents \u00e9plor\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>J\u2019arr\u00eate l\u00e0. Vous ne dites toujours rien, muet comme un fant\u00f4me ou comme un mort, j\u2019arr\u00eate l\u00e0 car je vois bien que je vous torture, comme dans votre nouvelle <em>La Colonie p\u00e9nitentiaire<\/em><a href=\\\"#_ftn24\\\" name=\\\"_ftnref24\\\">[24]<\/a>.<\/p>\n<h2>Le visionnaire des univers concentrationnaires du XX\u00e8 si\u00e8cle<\/h2>\n<p>Je me souviens. Dans ce livre, vous imaginiez non sans sadisme ou masochisme, peut-\u00eatre m\u00eame les deux, que l\u2019officier d\u2019un camp perdu d\u2019une \u00eele tropicale gravait les sentences sur le dos d\u2019un prisonnier. Vous d\u00e9criviez une machine complexe et un officier admirateur du commandant constructeur de la machine, malheureusement mort, qui faisait face \u00e0 un nouveau commandant plut\u00f4t r\u00e9ticent \u00e0 ce supplice. L\u2019officier \u00e9tait pourtant fier de montrer \u00e0 son visiteur perplexe son fonctionnement sur le malheureux prisonnier. Le visiteur en avait parl\u00e9 au commandant et l\u2019officier avait alors pris la place du prisonnier, mais la machine s\u2019\u00e9tait emball\u00e9e et l\u2019officier \u00e9tait mort\u2026 Quelle histoire, quel sombre roman\u00a0!\u00a0 On a \u00e9crit \u00e0 tort que vos livres noirs et terribles comme celui-ci, anticipaient le nazisme \u00e0 venir. Je n\u2019y crois pas. Vous d\u00e9criviez surtout la pesanteur de la bureaucratie austro-hongroise que vous avez gonfl\u00e9e en\u00a0 d\u00e9formant la vie des sujets de l\u2019Empire qui n\u00e9anmoins la subissaient\u2026 Vous \u00e9tiez bien plac\u00e9. Vous travailliez dans une compagnie d\u2019assurances. Amschel, vous ne dites toujours rien, pourquoi\u00a0!<\/p>\n<h2><strong>Retour \u00e0 Prague<\/strong><\/h2>\n<p>Avant de vous rejoindre ici pour votre anniversaire, je suis retourn\u00e9 dans les lieux de votre enfance. J\u2019ai revu votre maison natale rebaptis\u00e9e pour vous N\u00e1m\u0115sti Franze Kafky au n\u00b024\/3. D\u00e9truite par un incendie en 1897 et reconstruite en 1906, peut-\u00eatre ne la reconnaitriez pas ! En 2003, sur l\u2019angle de la rue Dusni l\u2019artiste Jaroslav R\u00f3na a r\u00e9alis\u00e9 une statue en bronze \u00e0 votre effigie.<\/p>\n<p style=\\\"text-align: center;\\\"><img class=\\\"alignnone size-medium wp-image-60769\\\" src=\\\"https:\/\/israelmagazine.co.il\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/kafka-statue.16750859271-300x236.jpg\\\" alt=\\\"\\\" width=\\\"300\\\" height=\\\"236\\\" \/><\/p>\n<p>En 2014, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du centre commercial Quadrio, eh oui, un centre commercial ! David \u010cen\u00fd a dress\u00e9 une immense statue en votre honneur\u2026 Et puis il y a un mus\u00e9e qui vous honore mais qui a bien moins de visiteurs que la place de la Vieille-Ville o\u00f9 se regroupent, chaque week-end, les jeunes venus faire la f\u00eate.<\/p>\n<p>Vous qui souffrez d\u2019hyperacousie, vous ne perdez rien \u00e0 ne plus habiter Prague. J\u2019ai revu la petite maison de la rue des alchimistes dans la Ruelle d\u2019or au pied du Ch\u00e2teau, celle que vous avez occup\u00e9e pendant l\u2019hiver 1917-1918. C\u2019est l\u00e0, au N\u00b0 22, dans l\u2019une de ces minuscules maisons qu\u2019occupaient les alchimistes au Moyen-Age, que vous avez \u00e9crit <em>Un m\u00e9decin de campagne<\/em>. Il y a maintenant tellement de monde pour la visiter qu\u2019il y a un tourniquet pour y acc\u00e9der\u00a0! D\u00e9cidemment, tout le charme de cette petite ruelle est perdu\u00a0!<\/p>\n<h2>Cimeti\u00e8re juif de Straschnitz<\/h2>\n<p>La maison \u00ab\u00a0\u00e0 la minute\u00a0\u00bb au n\u00b0 3 place de la Vieille-Ville, o\u00f9 vous avez v\u00e9cu avec vos parents de 1889 \u00e0 1896, est toujours richement d\u00e9cor\u00e9e de sc\u00e8nes bibliques. Que de souvenirs \u00e9mouvants\u00a0! En arpentant les rue de Prague, en franchissant le Pont Charles qui enjambe la Vltava (Moldau), je n\u2019ai pas cess\u00e9 de penser \u00e0 vous. Je n\u2019ai pas oubli\u00e9 de me rendre au cimeti\u00e8re de Straschnitz dans la banlieue de Prague.<\/p>\n<p>Nous n\u2019\u00e9tions que deux, ma femme et moi. Et l\u00e0, parmi des milliers de tombes juives mang\u00e9es par la v\u00e9g\u00e9tation et saisi d\u2019une immense nostalgie, \u00a0j\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 un petit caillou sur votre fausse tombe et celle, vraie celle-l\u00e0, de vos parents, une s\u00e9pulture toute simple en granit gris et en forme d\u2019ob\u00e9lisque ou de diamant, les diamants, ce sont vos romans\u00a0! Mais quelle \u00e9motion\u00a0! Puis nous sommes retourn\u00e9s vers la ville\u2026<\/p>\n<h2>Une synagogue gard\u00e9e par le Golem<\/h2>\n<p>J\u2019ai retrouv\u00e9 Prague, ses myst\u00e8res, la Synagogue vieille-nouvelle o\u00f9 vous alliez prier les soirs de Shabbat et lors des f\u00eates juives, celle dont le grenier abrite peut-\u00eatre encore le Golem, cette cr\u00e9ature d\u2019argile, cr\u00e9\u00e9e par le Rabbi Loeb pour lui servir mais qui devint mal\u00e9fique au point qu\u2019il fallut la d\u00e9truire\u2026 Gustav Meyrink<a href=\\\"#_ftn25\\\" name=\\\"_ftnref25\\\">[25]<\/a> (1868-1932) donna \u00e0 cette l\u00e9gende un sens plus symbolique encore\u2026 Prague est toujours aussi belle, un \u00e9crin\u00a0qui vous est consacr\u00e9.<\/p>\n<p>Le 20 d\u00e9cembre 1902, vous aviez \u00e9crit \u00e0 votre ami Oscar Pollak (1883-1915), mort trop t\u00f4t pendant la premi\u00e8re guerre mondiale, sur le front austro-italien, vous lui aviez donc \u00e9crit que Prague, cette petite m\u00e8re qui avait des griffes, ne vous l\u00e2chera pas<a href=\\\"#_ftn26\\\" name=\\\"_ftnref26\\\">[26]<\/a>.<\/p>\n<h2>De la Shoah \u00e0 l\\&rsquo;\u00e8re communiste<\/h2>\n<p>Aujourd\u2019hui, elle vous fait honneur et plut\u00f4t patte de velours. Mais vous ne reconnaitriez plus cette Prague juive qui vous enfermait mais que vous avez tant aim\u00e9e. Vous savez qu\u2019on estime \u00e0 80\u00a0000 Juifs tch\u00e9coslovaques assassin\u00e9s pendant la Shoah et vous n\u2019ignorez pas non plus la mainmise des communistes sur le pays, d\u2019autres ann\u00e9es sombres qui ont vu encore fuir 15 000 Juifs apr\u00e8s 1968 et la mainmise des communistes sur le pays.<\/p>\n<p>Si bien que malgr\u00e9 la R\u00e9volution de velours de novembre 1989, et puis apr\u00e8s partition du pays entre R\u00e9publique tch\u00e8que et Slovaquie, en 1993,\u00a0 j\u2019ai lu quelque part qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient plus que 4000 en Slovaquie en 2002 et la m\u00eame ann\u00e9e, 6000 en R\u00e9publique tch\u00e8que. Ils sont sans doute plus nombreux aujourd\u2019hui. Je n\u2019ai pas les chiffres mon cher ami\u2026<\/p>\n<h2>L\\&rsquo;hostilit\u00e9 rouge au nom de Kafka<\/h2>\n<p>Pour finir, j\u2019ai \u00e0 vous raconter une anecdote o\u00f9 plut\u00f4t \u00e0 vous relater combien le communisme vous craignait. Je me suis procur\u00e9 un de vos livres <em>Popis jednoho z\u00e1pasu<\/em> <a href=\\\"#_ftn27\\\" name=\\\"_ftnref27\\\">[27]<\/a>, \u00e9dit\u00e9 en 1968, juste avant que les communistes ne vous censurent et puis quand je suis all\u00e9 \u00e0 Prague en 1990, alors que des chars russes avaient \u00e9t\u00e9 immobilis\u00e9s place Venceslas, je me suis procur\u00e9 votre livre <em>Zamek<a href=\\\"#_ftn28\\\" name=\\\"_ftnref28\\\"><strong>[28]<\/strong><\/a><\/em>, le 1<sup>er<\/sup> livre qu\u2019avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9diter Vaclav Havel comme pour vous remettre \u00e0 l\u2019honneur apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es de censure\u2026 La libraire vous connaissait d\u2019ailleurs \u00e0 peine et j\u2019ai d\u00fb insister longuement avant qu\u2019elle m\u2019indique que votre livre \u00e9tait derri\u00e8re un petit rideau&#8230; Tenez, je vous les offre si vous lisez encore le tch\u00e8que\u2026<\/p>\n<p>Voil\u00e0 Amschel, quelle vie, quel destin ! Vais-je pouvoir garder le secret de votre existence encore longtemps ? Je dois cependant vous avouer que m\u00eame mort, vous vivrez encore des ann\u00e9es et des ann\u00e9es en chacun de nous. En attendant, encore bon anniversaire !<\/p>\n<h2>L\\&rsquo;Adieu \u00e0 Franz Kafka<\/h2>\n<p>Je lui sers une main chaleureuse qu\u2019il caresse presque de ces longs doigts. Et c\u2019est comme s\\&rsquo;il voulait savoir si moi aussi j\u2019\u00e9tais vivant, aussi vivant que lui et non tout droit sorti du royaume des t\u00e9n\u00e8bres. Il me fixe de ses grands yeux profonds et sombres comme la nuit bien qu\u2019il ait d\u00e9cid\u00e9 de vivre ici, en plein soleil, mais anonyme parmi les hommes.<\/p>\n<p>Je descends les escaliers, j\u2019ouvre la porte. Je ne sais plus si ce que je viens de vivre participe du r\u00eave ou de la r\u00e9alit\u00e9. La lumi\u00e8re de Tel-Aviv m\u2019aveugle et dans le contre-jour qui brouille ma vue, \u00a0je croise un homme sans \u00e2ge, un peu rond, dont je crois deviner de larges lunettes en \u00e9cailles. Il tient une petite serviette, me salue en levant son chapeau et me lance avec un accent d\u2019Europe centrale : \u00ab Ah, vous venez de chez moi, j\u2019y habite depuis 1939, 84 ans d\u00e9j\u00e0 ! J\u2019ai 139 ans. Je ne les fais pas ! \u00bb Je tourne le dos au soleil et je lis rapidement le nom de la rue et le num\u00e9ro de l\u2019immeuble \u00e0 trois \u00e9tages, Ha-Yarden 16.<\/p>\n<p>Puis il me dit \u00ab <strong><em>Sans doute avez-vous rencontr\u00e9 mon illustre h\u00f4te que j\u2019ai invit\u00e9 chez moi pour son anniversaire. Excusez-moi, je me pr\u00e9sente : Max Brod !<\/em><\/strong> \u00bb\u2026<\/p>\n<h3>Jean-Marc Alcalay<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref1\\\" name=\\\"_ftn1\\\">[1]<\/a> Jacqueline Sudaka-B\u00e9nazeraf, <em>Les Cahiers d\u2019h\u00e9breu de Franz Kafka<\/em>, \u00e9dition, RETOUR \u00c1 LA LETTRE.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref2\\\" name=\\\"_ftn2\\\">[2]<\/a> Georg Langer<em>, Die erotik der kabbala<\/em>, Verlag, Dr. Josef Flesch, Prag 5683, ( ann\u00e9e juive) 1923. <em>L\u2019\u00c9rotique de la kabbale<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Maurice-Ruben Hayoun, Solin, 1990.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref3\\\" name=\\\"_ftn3\\\">[3]<\/a> Franz Kafka, \u00ab\u00a0Le Disparu ou Amerika\u00a0\u00bb, in, <em>Romans<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, II, Gallimard, Pl\u00e9iade, 2018, pp. 3-233.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref4\\\" name=\\\"_ftn4\\\">[4]<\/a> Gustav Janouch, <em>Conversations avec Kafka<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Bernard Lortholary, \u00e9dit. Maurice Nadeau, 1978, p. 17.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref5\\\" name=\\\"_ftn5\\\">[5]<\/a> Curt Leviant, <em>Le Fils de Kafka<\/em>, Anatolia, 2009.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref6\\\" name=\\\"_ftn6\\\">[6]<\/a> Nicole Krauss, <em>For\u00eat obscure<\/em>, \u00c9ditions de l\u2019Olivier, pour l\u2019\u00e9dition en langue fran\u00e7aise, 2018.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref7\\\" name=\\\"_ftn7\\\">[7]<\/a> Franz Kafka, \u00ab\u00a0Le Ch\u00e2teau\u00a0\u00bb<em>, <\/em>in, <em>Romans<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, II, Gallimard, Pl\u00e9iade, 2018, pp. 507-809.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref8\\\" name=\\\"_ftn8\\\">[8]<\/a> <em>Ibid<\/em>, \u00ab\u00a0Le Proc\u00e8s\u00a0\u00bb, \u00a0pp. 275-476.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref9\\\" name=\\\"_ftn9\\\">[9]<\/a> Benjamin Balint, <em>Le dernier proc\u00e8s de Kafka, Le sionisme et l\u2019h\u00e9ritage de la diaspora<\/em>,\u00a0 Cahiers libres. La D\u00e9couvertes, 2020.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref10\\\" name=\\\"_ftn10\\\">[10]<\/a> Milan Kundera, <em>Les testaments trahis<\/em>, Gallimard, 1993.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref11\\\" name=\\\"_ftn11\\\">[11]<\/a> Quatre nouvelles traductions sont publi\u00e9es chez Gallimard, La Pl\u00e9iade\u00a0: Kafka, <em>Nouvelles et r\u00e9cits<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8te<\/em>s I, 2018. Kafka, <em>Romans<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> II, 2018. Kafka, <em>Journaux et Lettres, 1897-1914<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> III, 2022. Kafka, <em>Journaux et Lettres, 1914-1924<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> IV, 2022.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref12\\\" name=\\\"_ftn12\\\">[12]<\/a> \u00a0Kafka, <em>\u00c1 Milena<\/em>, traduction de l\u2019allemand et introduction par Jean Khan, NOUS, 2015. Kafka, <em>Journaux,<\/em> traduction de l\u2019allemand et introduction par Jean Khan, NOUS, 202O.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref13\\\" name=\\\"_ftn13\\\">[13]<\/a> <em>Kafka les dessins<\/em>, sous la direction d\u2019Andr\u00e9a Kilcher, \u00e9dit. Les cahiers dessins, 2021.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref14\\\" name=\\\"_ftn14\\\">[14]<\/a> \u00a0\u00c1 para\u00eetre. Reiner Stach, <em>Kafka Le temps des d\u00e9cisions<\/em>, tome 1, Cherche midi, 2023.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftn15\\\" name=\\\"_ftnref15\\\">[15]<\/a> Franz Kafka, <i>Les Fils<\/i>,\u00a0Allia 2023.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref15\\\" name=\\\"_ftn15\\\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref16\\\" name=\\\"_ftn16\\\">[16]<\/a> \u00a0\u00c1 para\u00eetre. Franz Kafka, <em>La M\u00e9tamorphose<\/em>, illustr\u00e9e par St\u00e9phane Levallois, Futuropolis, 2023.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref17\\\" name=\\\"_ftn17\\\">[17]<\/a>\u00a0 Ghyslain Levy\/Serge Sabinus, <em>Kafka, Le corps dans la t\u00eate<\/em>, scarab\u00e9e &amp; compagnie\/a. m\u00e9taili\u00e9, 1983.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref18\\\" name=\\\"_ftn18\\\">[18]<\/a> Franz Kafka, \u00ab\u00a0Un Virtuose de la faim\u00a0\u00bb, in, <em>Nouvelles et r\u00e9cits, \u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> I, Gallimard, Pl\u00e9iade, 2018, pp. 211-236.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref19\\\" name=\\\"_ftn19\\\">[19]<\/a> Franz Kafka,\u00a0\u00ab\u00a0La Lettre au p\u00e8re<em>\u00a0\u00bb<\/em> (1952), in, <em>Journaux et lettres<\/em> 1914-1924, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> IV, Gallimard, Pl\u00e9iade,2022,\u00a0 pp. 1263-1307.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref20\\\" name=\\\"_ftn20\\\">[20]<\/a> Alena Wagnerov\u00e1, <em>La famille Kafka de Prague<\/em>, Grasset, 2004, pp. 246-261.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref21\\\" name=\\\"_ftn21\\\">[21]<\/a> <em>Ibid<\/em>., pp. 250-251.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref22\\\" name=\\\"_ftn22\\\">[22]<\/a> Franz Kafka, \u00ab\u00a0Un m\u00e9decin de campagne\u00a0\u00bb(1919), in, <em>Nouvelles et r\u00e9cits<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> I, 2018, <em>Opus. cit<\/em>., pp. 155-194.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref23\\\" name=\\\"_ftn23\\\">[23]<\/a> Laurent Seksik, <em>Franz Kafka ne veut pas mourir<\/em>, Gallimard, 2023.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref24\\\" name=\\\"_ftn24\\\">[24]<\/a> Franz Kafka,\u00a0\u00bb\u00a0 Dans la Colonie p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb, in, <em>Nouvelles et r\u00e9cits<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> I, 2018, o<em>pus. cit<\/em>., \u00a0pp. 121-155. 2018.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref25\\\" name=\\\"_ftn25\\\">[25]<\/a> Gustav Meyrink, <em>Der Golem<\/em>, Kurt Wolff, Verlag, Leipzig, 1915.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref26\\\" name=\\\"_ftn26\\\">[26]<\/a> Franz Kafka, <em>Journaux et Lettre 1897-1914,<\/em> in, <em>\u0152uvres\u00a0 compl\u00e8tes<\/em> III, <em>opus. cit<\/em>., p. 507.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Prague ne nous l\u00e2che pas. Pas nous deux. Cette petite m\u00e8re a des griffes. Il faut se soumettre ou bien\u2026 Il faudrait que nous y mettions le feu\u00a0des deux bouts, au Vy\u0161ehrad et au Hradshin, alors il se pourrait que nous y \u00e9chappions. Tu peux peut-\u00eatre y r\u00e9fl\u00e9chir d\u2019ici au carnaval\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref27\\\" name=\\\"_ftn27\\\">[27]<\/a> Franz Kafka, <em>Popis jednoho z\u00e1pasu<\/em>, ODEON PRAHA, 1968.\u00a0 Traduction\u00a0: <em>Descriptio<\/em>n <em>d\u2019un combat<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\\\"#_ftnref28\\\" name=\\\"_ftn28\\\">[28]<\/a> Franz Kafka, <em>Z\u00e1mek<\/em>, ODEON, 1989. Traduction\u00a0: <em>Le Ch\u00e2teau<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RETROUVER KAFKA \u00a0 \u00a0 Amschel l\u2019h\u00e9breu\u00a0! \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Permettez, Amschel, que je vous parle en h\u00e9breu car je ne crois pas me tromper, depuis le temps que vous avez commenc\u00e9\u00a0 \u00e0 l\u2019apprendre, \u00a0je pense qu\u2019aujourd\u2019hui, vous le connaissez parfaitement : je cite de m\u00e9moire le livre de Jacqueline Sudaka-B\u00e9naz\u00e9raf[1] qui a retrac\u00e9 vos ann\u00e9es d\u2019apprentissage de &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/israelmagazine.net\/?p=60763\"> <span class=\"screen-reader-text\">Retrouver Kafka, par Jean-Marc Alcalay<\/span> Lire la suite \u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":60765,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":""},"categories":[1630,1665,1642,2682,2276,1674,1623,811],"tags":[1628,937,1105,3190],"sujet":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/60763"}],"collection":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=60763"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/60763\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=60763"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=60763"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=60763"},{"taxonomy":"sujet","embeddable":true,"href":"https:\/\/israelmagazine.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fsujet&post=60763"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}